Les mots de et la figurent parmi les termes les plus fréquents du français écrit. Leur fonctionnement grammatical paraît stable depuis des siècles, mais les usages réels bougent sous l’effet conjugué de l’écriture numérique, des outils d’intelligence artificielle et des travaux institutionnels lancés en 2025-2026. Cet article détaille les mécanismes concrets de cette évolution.
Déterminant, préposition, article partitif : les trois fonctions de DE et LA
Avant d’examiner ce qui change, il faut distinguer les trois rôles que ces mots remplissent en français moderne. Le mot de fonctionne tantôt comme préposition (parler de quelque chose), tantôt comme composant de l’article partitif (du, de la, des), tantôt comme introducteur du complément du nom (la porte de la maison). Le mot la est soit article défini féminin, soit pronom complément (je la vois).
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Cette polyvalence crée des zones d’ambiguïté. Dans la phrase « je mange de la salade », le groupe « de la » forme un article partitif. Dans « le prix de la salade », « de » est préposition et « la » est article défini. La grammaire scolaire enseigne ces distinctions, mais l’usage courant les brouille de plus en plus, notamment à l’oral et dans les messages courts.
Pourquoi cette confusion s’accentue
Les formats courts (SMS, messageries, réseaux sociaux) poussent à l’ellipse. « De la chance » devient « dla chance » dans certains registres écrits informels. L’article partitif, déjà peu visible à l’oral, perd encore en lisibilité à l’écrit numérique. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur a changé avec la généralisation des échanges tapés au pouce.
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Intelligence artificielle et usage du français : le rapport 2026 du ministère de la Culture
Le ministère de la Culture a annoncé que le Rapport au Parlement sur la langue française, édition 2026, placerait au centre la question de la souveraineté culturelle face à l’IA et la place du français dans la société. Ce cadrage institutionnel traduit une préoccupation précise : les outils d’IA générative modifient les usages réels des connecteurs et des déterminants.
Le phénomène touche directement les mots-outils comme « de » et « la ». Les modèles de langue entraînés majoritairement sur des corpus anglophones produisent des calques syntaxiques. Par exemple, la construction « en termes de » (calque de « in terms of ») se substitue à « sur le plan de » ou « du point de vue de ». De même, l’article défini « la » tend à disparaître dans certaines formulations générées, par imitation de l’anglais qui s’en passe souvent.
Simplification syntaxique ou appauvrissement
Le rapport 2026 aborde ces deux lectures possibles. D’un côté, la simplification des constructions prépositionnelles facilite la compréhension par un public international francophone. De l’autre, la perte de nuances entre « de », « du », « de la » et « des » réduit la précision du français.
Trois tendances concrètes ressortent des travaux préparatoires au rapport :
- La réduction de l’article partitif dans les textes générés par IA, qui privilégient des tournures sans déterminant (« ajouter sel » au lieu de « ajouter du sel ») par calque de l’anglais
- La surreprésentation de « de » comme préposition universelle, au détriment de « à », « par » ou « en », dans les traductions automatiques et les contenus assistés par IA
- L’effacement progressif de la distinction entre « de la » partitif et « de la » prépositionnel dans les correcteurs automatiques, qui ne signalent plus certaines erreurs d’emploi
Dictionnaire de l’Académie française : une actualisation plus rapide dès 2026
L’Académie française a décidé qu’à compter de 2026, son Dictionnaire serait actualisé de manière beaucoup plus régulière. Historiquement, plusieurs décennies séparaient deux éditions. Cette accélération concerne aussi les mots-outils comme de et la, dont les articles n’avaient pas été substantiellement révisés depuis longtemps.
La révision porte moins sur la définition de ces mots (leur sens grammatical est stable) que sur les exemples d’emploi et les constructions attestées. L’Académie intègre désormais des corpus numériques dans son travail, ce qui lui permet de documenter des usages qui n’apparaissaient pas dans les éditions précédentes.
Ce que cela change pour l’enseignement
Un dictionnaire institutionnel mis à jour plus souvent offre aux enseignants une référence synchronisée avec l’usage réel. La frontière entre « faute » et « évolution acceptée » se déplace. Certaines constructions autrefois jugées fautives (par exemple, l’omission de « de » dans des expressions comme « pas de problème » réduit à « pas problème » en registre familier) pourraient, à terme, figurer comme variantes attestées.

Recherche linguistique 2025-2026 : la frontière entre français moderne et français contemporain
Le colloque Diachro-12, programmé en juin 2026, consacre une partie de ses travaux à la réévaluation de la frontière entre « français moderne » et les périodes ultérieures. Cette question de périodisation a un impact direct sur la façon dont les grammaires traitent les mots-outils.
Le français dit moderne couvre traditionnellement la période allant du XVIIe siècle à nos jours. Plusieurs chercheurs estiment que les mutations syntaxiques accélérées par le numérique justifient de parler d’un « français contemporain » distinct, avec ses propres règles d’emploi des déterminants et des prépositions.
Si cette distinction se stabilise dans la recherche, les grammaires de référence devront traiter séparément l’emploi classique de « de » et « la » (celui de Racine ou de Voltaire) et l’emploi contemporain (celui des réseaux sociaux, des interfaces numériques et des textes générés par IA). Ce n’est pas encore le cas dans les manuels scolaires actuels.
Conséquences pratiques pour l’écriture en 2026
L’évolution en cours ne rend pas les règles existantes obsolètes. Elle ajoute une couche de complexité pour quiconque rédige en français.
- Les rédacteurs professionnels doivent vérifier que leurs outils d’aide à l’écriture ne suppriment pas systématiquement les articles partitifs par calque anglophone
- Les enseignants de FLE (français langue étrangère) gagnent à expliciter la différence entre « de » préposition et « de la » partitif, car les apprenants exposés à du contenu généré par IA rencontrent de moins en moins cette distinction
- Les traducteurs automatiques traitent « de » et « la » comme des mots à faible charge sémantique, ce qui produit des omissions dans les textes traduits vers le français
Le mot « de » reste le deuxième mot le plus fréquent du français écrit, et « la » figure dans les cinq premiers. Leur traitement par les institutions linguistiques en 2026, entre actualisation du Dictionnaire de l’Académie et rapport ministériel sur l’IA, montre que même les mots les plus banals du français font l’objet d’une attention renouvelée quand les conditions technologiques de l’écriture changent.

